
CONFERENCE
"mon enfant apprend autrement:
Parlons des troubles DYS"
Mercredi 19 novembre | 📍Salle du Conseil au Château de Rolle
"Un trouble DYS ou un TDAH n’est ni un manque d’intelligence ni un manque de volonté : c’est une difficulté spécifique d’automatisation qui demande plus d’efforts et génère beaucoup de fatigue."
À l’issue de son intervention, Luigi Viandante a expliqué les points essentiels pour mieux comprendre :
1. De quoi parle-t-on quand on parle de troubles DYS ou de TDAH ?
Les troubles DYS et le TDAH font partie des troubles neurodéveloppementaux. Cela signifie qu’il s’agit de difficultés qui apparaissent tôt dans le développement de l’enfant et qui touchent certaines fonctions spécifiques du cerveau.On entend beaucoup de choses aujourd’hui — notamment sur les réseaux sociaux — avec parfois des diagnostics simplifiés ou posés trop rapidement. Or, la réalité est beaucoup plus complexe. Un diagnostic ne se fait pas en “trois clics”.Ces troubles concernent environ 2 à 10 % des enfants, selon le type de trouble. Ce n’est pas un “effet de mode”, mais une meilleure reconnaissance et une meilleure compréhension scientifique.
2. Comment fonctionnent les apprentissages ?
Pour apprendre, un enfant a besoin de plusieurs éléments :
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Des capacités cognitives générales (le “moteur” du cerveau)Des fonctions spécifiques efficaces (langage, attention, mémoire, coordination…)
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Des sens fonctionnels (vue, audition…)
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Une bonne santé physique et psychiqueUn sommeil et une alimentation adaptés
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Un environnement stimulant et sécurisant
Une image parlante : Le cerveau est comme un téléphone. La puissance générale correspond au modèle du téléphone. Les fonctions spécifiques sont les applications.
On peut avoir un bon “appareil”, mais un bug dans une application précise (lecture, écriture, coordination…). Les troubles DYS concernent ces “bugs spécifiques”, alors que l’intelligence générale est souvent préservée.
3. Trouble ou simple retard ?
Il est essentiel de distinguer :
🔹 Le retard
L’enfant apprend plus lentement, mais avec une aide adaptée, il rattrape progressivement le niveau attendu.
🔹 Le trouble
Malgré les interventions, un décalage important persiste (environ deux ans ou plus). L’évolution est possible, mais l’écart reste présent.Le trouble :apparaît tôt,est durable,varie en intensité (léger, modéré, sévère),peut s’accompagner d’autres difficultés (comorbidités).
"Ce n’est pas le trouble en lui-même qui détermine le parcours de l’enfant, mais la manière dont parents, école et professionnels s’unissent pour l’accompagner."
4. Les principaux troubles évoqués
🔹 Troubles du langage oral
Difficultés à structurer les phrases, à comprendre des consignes complexes, à manier les subtilités du langage.Cela peut avoir un impact sur les relations sociales et la compréhension en classe.
🔹 Dyslexie / Dysorthographie
Aujourd’hui appelées troubles du développement de l’apprentissage du langage écrit.La lecture ne devient pas automatique. L’enfant mobilise tellement d’énergie pour déchiffrer qu’il ne comprend plus le sens du texte.L’orthographe reste instable, comme si chaque mot devait être réappris.
👉 Conséquence : grande fatigue et lenteur.
🔹 Dyscalculie
Difficultés avec le sens du nombre, la compréhension des quantités, les opérations, la gestion du temps ou de l’argent.
🔹 Dyspraxie (trouble de la coordination)
Maladresse, difficultés dans les gestes, l’écriture, l’organisation motrice.Ce n’est pas un manque d’effort, mais une difficulté d’automatisation des gestes.
🔹 TDAH
Trois formes : inattentive, hyperactive-impulsive ou mixte. Les symptômes doivent être présents depuis l’enfance et dans plusieurs contextes (école, maison…).
Attention : l’inattention peut aussi être liée à l’anxiété, à la fatigue ou à d’autres troubles.
5. Le problème central : l’automatisation
Dans ces troubles, certaines fonctions ne deviennent pas automatiques. Exemple : apprendre à conduire.
Au début, tout demande un effort conscient. Puis cela devient automatique.
Pour un enfant avec un trouble, certaines tâches restent toujours en “mode effort conscient”.
👉 Cela entraîne : une charge mentale élevée, une fatigue importante, un risque de découragement
6. Impact émotionnel et motivation
Les troubles ont un impact majeur sur : l’estime de soi, le sentiment de compétenceles relations sociales, la motivation.
Un enfant confronté régulièrement à l’échec peut développer :
évitement, démotivation, opposition, anxiété ou tristesse⚠️ La démotivation est souvent une conséquence, pas une cause. Les enfants avec TDAH, par exemple, reçoivent énormément de remarques négatives. Cela fragilise leur image d’eux-mêmes.
7. Le rôle crucial des adultes
Parents et enseignants jouent un rôle central. L’environnement ne cause pas le trouble, mais il influence fortement la manière dont l’enfant le vit. Ce qui aide :
🔹 Reconnaître la difficulté sans stigmatiser,
🔹 Valoriser les forces,
🔹 Ajuster les attentes,
🔹 Encourager l’effort plus que le résultat,
🔹 Réduire la surcharge,
🔹 Mettre du jeu et du plaisir dans les apprentissages,
🔹 Faire équipe entre parents et école⚠️ Les conflits école-famille aggravent la situation. L’enfant se retrouve en conflit de loyauté et risque de se désinvestir.
8. Diagnostic : prudence et collaboration
Le diagnostic repose sur : des tests normés, une observation clinique, une analyse globale de la situation. Il doit être posé avec prudence. Pour certains parents, c’est un soulagement. Pour d’autres, un choc. Le diagnostic permet d’adapter les aides, mais beaucoup de choses peuvent déjà être mises en place avant.
9. Aménagements scolaires possibles
Les aides peuvent inclure : consignes simplifiées (une à la fois), supports aérés et adaptés, réduction du nombre d’exercices, lecture des consignes à voix haute, réponses orales plutôt qu’écrites, repères visuels, placement adapté dans la classe, technologies d’aide, temps supplémentaire.
Si nécessaire, des adaptations plus importantes peuvent modifier les objectifs scolaires. Ces mesures se décident en collaboration entre parents, école, direction et professionnels (PPLS, logopédistes, psychologues…).
10. Facteurs de bon pronostic - quels éléments augmentent les chances qu’un enfant avec un trouble DYS ou un TDAH évolue positivement dans son parcours scolaire et personnel.
🔹 Intelligence générale préservée - 👉 Plus les capacités générales sont solides, plus l’enfant pourra développer des stratégies de compensation
🔹 Capacités relationnelles
🔹 Une reconnaissance précoce des difficultés
🔹Une collaboration parents–école
🔹Un environnement stable et soutenant
🔹Une prise en charge adaptée
🔹L’image que l’enfant a de lui-même
Les troubles DYS et le TDAH ne sont ni un effet de mode, ni un manque de volonté. Ce sont des vulnérabilités neurodéveloppementales spécifiques, souvent invisibles, qui demandent compréhension, ajustements et coopération. L’enjeu n’est pas seulement scolaire. Il est aussi émotionnel, relationnel et identitaire. Le rôle des adultes est essentiel : réduire le stress, valoriser les forces, soutenir l’effort et faire équipe autour de l’enfant.
-> Car un trouble n’empêche pas de réussir — à condition d’être compris et accompagné.
Nous remercions sincèrement Luigi Viandante, les représentants de l’école et du service PPLS pour la clarté et la qualité de leurs interventions, ainsi que tous les parents présents pour leur participation active et leurs questions. Cette soirée a permis de renforcer le dialogue et de mieux comprendre, ensemble, comment accompagner au mieux les enfants dans leur parcours scolaire.
